Article et interview réalisés par Marie-Line El Haddad

De son studio de chambre à un marathon créatif de vingt semaines, 424KP incarne une génération d’artistes guidés par l’urgence, l’indépendance et l’hybridité culturelle.

À l’heure où l’indépendance est devenue à la fois une nécessité et une prise de position, 424KP se distingue par une approche fondée sur la discipline plutôt que sur le spectaculaire.

Entre le Royaume-Uni et la Chine, l’artiste a construit son univers pas à pas, jusqu’à se lancer dans un projet de vingt semaines destiné à repousser ses propres limites. Il revient ici sur la notion d’élan, l’hybridité culturelle et le refus du confort.

Marie-Line El Haddad : Pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs qui te découvrent peut-être pour la première fois ?

424KP : Salut. Je m’appelle 424KP, mais la plupart des gens m’appellent KP. Si tu as déjà ressenti les difficultés de la vie, autant que ses réussites, alors on a sûrement pas mal de points communs. Je suis quelqu’un qui essaie de se rapprocher de ses rêves, un peu plus chaque jour. Et je pense avoir fait quelques morceaux qui pourraient te parler. En tout cas, ils me parlent à moi.

MLEH : Ton identité biculturelle, entre le Royaume-Uni et la Chine, transparaît souvent dans ton travail. En quoi cette double culture influence-t-elle ta vision de la musique et du hip-hop ?

424KP : Elle influence absolument tout. Ce mélange de cultures, c’est qui je suis : biologiquement, culturellement, musicalement. J’ai grandi avec des références multiples, et ça se ressent naturellement dans ma façon de créer. J’ai l’impression de pouvoir mêler assez instinctivement plusieurs approches : l’importance du texte, très présente dans le rap britannique, et des sonorités plus mélodiques, issues de la scène américaine et internationale. Ce n’est pas quelque chose que je calcule, c’est simplement ma manière d’exister.

MLEH : Tu as commencé en totale indépendance, depuis ton studio dans ta chambre, et tu as peu à peu construit une fanbase fidèle. Y a-t-il eu un moment où tu as senti que les choses changeaient vraiment pour toi ?

424KP : Oui, quand le deuxième morceau a vraiment trouvé son public. Le premier, on peut toujours dire que c’est un coup de chance. Mais quand deux titres fonctionnent, quelque chose se met en place. À ce moment-là, le troisième est déjà en préparation, et ton état d’esprit évolue aussi : moins de doutes, moins d’hésitation, et beaucoup plus de concentration.

L’artiste 424KP en plein tournage ©424KP

MLEH : En 2025, tu as lancé le projet ambitieux des “20 semaines”, avec la sortie chaque semaine d’un morceau, d’un clip et d’un vlog entièrement produits et montés par toi-même. Qu’est-ce qui t’a poussé à relever ce défi ?

424KP : La stagnation, tout simplement. Le confort peut être dangereux. Je savais que ce projet ne serait pas facile mentalement, physiquement ou financièrement. Mais rester exactement au même point pendant toute une année aurait été tout aussi difficile, voire pire. J’avais besoin de me mettre en mouvement.

MLEH : Un tel rythme de création a forcément été exigeant. Qu’as-tu appris sur toi-même et sur ton processus artistique pendant ces vingt semaines ?

424KP : Plusieurs choses.
D’abord, j’ai compris que j’ai tendance à vouloir aller trop vite (rires).
Ensuite, qu’une bonne idée reste une bonne idée, que tu la réalises aujourd’hui ou dans un an.
J’ai aussi appris que, parfois, le minimalisme est la meilleure option.
Et surtout, à quel point il est essentiel de s’entourer de personnes qui veulent te voir réussir autant que tu veux les voir gagner.

MLEH : Ta musique évoque souvent le sentiment d’être en marge, notamment concernant la place des artistes asiatiques dans le rap. Comment perçois-tu l’évolution de la scène aujourd’hui, et qu’aimerais-tu y apporter ?

424KP : Internet a tout changé. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui une connexion beaucoup plus globale, avec bien moins de barrières qu’avant. Grâce à cela, les possibilités sont quasiment infinies, à condition de vraiment les vouloir. J’ai l’impression que la scène s’ouvre progressivement, et j’aimerais simplement contribuer à élargir encore cet espace.

MLEH : Pour conclure, as-tu un message pour ton public, en particulier en France ?

424KP : Bonjour!
J’ai tourné la troisième semaine du projet à Paris, donc si vous cherchez un point d’entrée dans ma musique, c’est un bon début. Allez voir « 424kp type beat » ainsi que le vlog associé.
Merci!

Merci à 424KP d’avoir pris le temps de nous répondre, et un grand merci également à Laury Verdoux pour l’organisation de cette interview!

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Posted by:Marie-Line El Haddad

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